Dysphasie

Description 

Définition

La dysphasie est un trouble structurel, primaire et durable de l’apprentissage et du développement du langage oral.

Cette pathologie, trop peu connue, est assez fréquente, puisque l’on considère qu’elle touche, sous une forme ou une autre, 2% de la population soit plus d’un million de personnes en France.  

Elle se retrouve sur des enfants :

  • sans histoire médicale particulière,
  • ni déficit sensoriel même si l’enfant présente d’apparentes difficultés,
  • ni déficit intellectuel. L’enfant dysphasique peut ne pas trouver ses mots d’une manière dramatique, mais être parfaitement capable de résoudre une opération ou de résoudre des problèmes. Cet enfant est normalement intelligent mais présente un déficit circonscrit au domaine langagier,
  • ni trouble du comportement même si les enfants dysphasiques peuvent paraître agités peu attentifs, instables, agressifs…preuve d’un réel mal-être relationnel à une situation d’échec qui s’installe.
  • ni trouble de la relation. Les enfants dysphasiques cherchent le plus souvent à communiquer par tous les moyens à leur disposition, à l’inverse des enfants autistes par exemple. 

La dysphasie peut être plus ou moins sévère et se présenter sous des formes diverses : paroles indistinctes, troubles de la syntaxe, expressions par mots isolés, discours plus ou moins construit, manque du mot, compréhension partielle du langage oral…

Parce que ne pas pouvoir être compris est très énervant et très décourageant, ces enfants se replient sur eux-mêmes ou secouent le camarade qui ne comprend pas. C’est ainsi qu’ils ont été rangés très longtemps, à tort, dans le rang des autistes.

Le langage de la personne dysphasique présente non pas des retards mais des caractères déviants et instables dans le temps. 

Les difficultés observées dans les dysphasies

Elles portent sur des aspects complexes :

  • la réception c’est-à-dire de la compréhension du langage,
  • et/ou la programmation des sons de la langue puis de leur production,
  • et/ou la disponibilité des mots ou encore sur leur agencement syntaxique au sein de la phrase,
  • il ne parvient pas à expliquer des choses simples (troubles de l’informativité),
  • il produit des choses spontanément mais il ne sait plus les répéter ou les dire quand on les lui demande (dissociation automatico-volontaire). 

Ces enfants parlent mal, parlent tard, ont durablement des difficultés d’expression orale. Ces domaines du langage peuvent être déficitaires ou préservés indépendamment les uns des autres. C’est pourquoi les enfants doivent faire l’objet d’un diagnostic précis permettant de poser les indications thérapeutiques. 

D’autre part, le langage écrit est souvent d’acquisition problématique. Et donc, parce que le langage est l’outil privilégié de la transmission du savoir à l’école, les troubles ont un retentissement constant sur les apprentissages scolaires classiques. 

Dans d’autres domaines pourtant, ils se développent bien, même si, fréquemment, les difficultés langagières s’accompagnent d’un retard psychomoteur ou/et graphique.

Ils organisent un langage qui peut suffire dans la vie quotidienne mais conservent, le plus souvent, des difficultés de langage.

Le langage est fait de morceaux, d’approximations, de segments traités sans souplesse comme des agglomérats, des blocs figés. 

Les différentes classifications de la dysphasie

  • La classification de l’OMS – CIM 10
    « Troubles spécifiques du développement du langage et de la parole »
  • La classification du DSM IV
    « Déficiences du langage et de la parole »
  • La classification Misès
    « Troubles des fonctions instrumentales »
  • La réforme du guide barème (décret du 4.11.93)
    « Les déficiences du langage et de la parole »
  • Nomenclature des déficiences – BO-EN A 1260 N°8 du 23.02.89
    « Déficience de l’apprentissage du langage écrit ou parlé » 

Les différents types de dysphasie 

1/ La dysphasie de type phonologique-syntaxique :

  • une hypospontanéité.
  • un trouble phonologique. Mots inintelligibles. Ces troubles se différencient de ceux des « retards simples » de la parole. En effet, ces derniers sont plutôt caractérisés par des simplifications, alors que les déformations faites par les enfants dysphasiques tendent vers des complexifications (leurs énoncés se complexifient).
  • parfois une dissociation automatico-volontaire. Lorsque, par exemple, la formulation d’un son est incorrecte en situation dirigée, mais est correcte en spontanée.
  • des troubles praxiques oro-faciaux. Ils sont caractérisés par des difficultés à produire des sons verbaux, mais aussi à produire des gestes et leurs enchaînements. A ne pas confondre avec la dyspraxie oro faciale.
  • un trouble de l’encodage syntaxique. Il réside dans la difficulté à associer des mots alors qu’ils ont une bonne conscience de la syntaxe. Ces enfants sont très souvent « agrammatiques » (style télégraphique).
  • un vocabulaire restreint mais accessible. Il est lié à la sous-utilisation du langage et à leur difficulté conceptuelle.
  • une compréhension peu perturbée. Elle ne doit pas être négligée. En effet, ces enfants ont pris l’habitude de comprendre beaucoup par le contexte. Leur niveau de compréhension est lié à la restriction de leur vocabulaire, un problème de mémoire verbale immédiate, des difficultés conceptuelles.
  • une bonne « pragmatique » du langage. Le langage est informatif. Ce qu’ils disent à minima n’est pas déviant. Ils pallient par la mimique gestuelle ou faciale. 

Signes d’alerte :

Ils restent souvent inintelligibles jusqu’à l’âge d’au moins 7/8 ans. Ils ont des difficultés avec l’implicite. Ils utilisent un mot pour un autre (par association d’idée, par exemple). Ils ont aussi du mal avec l’humour qu’ils ne saisissent pas. Les difficultés de compréhension et de préhension du monde qui les entoure interrogent les parents. En situation scolaire, ils butent sur la compréhension de texte, même une fois oralisé, qui semble pourtant simple. Ils rencontrent souvent des difficultés massives sur le plan scolaire qui persistent dans le temps. Leur expression écrite reste limitée. A l’âge adulte, l’articulation est marquée, la syntaxe est simple, les difficultés orthographiques persistent. Il ne faudra pas perdre de vue leurs difficultés à comprendre le langage élaboré (les publicités, les jeux de mots, les titres de journaux, les notions abstraites).  

2/ La dysphasie de type production phonologique : difficultés essentiellement expressives.

  • Pas de réduction. Après stimulation, ce sont des enfants qui parlent normalement.
  • Défaut d’intelligibilité.
  • Troubles praxiques oro-faciaux variables. Les difficultés se situent au niveau de l’enchaînement des gestes.
  • Troubles de l’encodage syntaxique. Les productions sont de type dyssyntaxique.
  • Manque du mot. Il se manifeste par des conduites d’approche ou des « évitements » de situation de communication verbale.
  • Bonne compréhension verbale.
  • Le langage est informatif.
  • Trouble de la concaténation. Ce sont des difficultés au niveau des enchaînements des tâches séquentielles.
  • Troubles associés. ils peuvent rencontrer des difficultés graphiques et des troubles visuo-constructifs. 

Ces enfants ont une grande conscience de leur trouble. La communication orale et écrite s’améliore sur le plan verbal (la phonologie est meilleure, mais la difficulté à trouver leur mot persiste ; ils ont moins de difficultés dans les notions abstraites) et sur le plan écrit, on note une dysorthographie plus ou moins importante. 

3/ La dysphasie réceptive : difficultés principalement au niveau du décodage.

  • Trouble phonologique. Petits, ils sont inintelligibles. Ils ont du mal à différencier certains sons : ils n’ont pas d’image auditive claire et précise.
  • Trouble de l’expression syntaxique. Leur langage devient dyssyntaxique en situation dirigée.
  • Manque du mot. Ces enfants ont du mal à trouver leur mot aussi bien en situation dirigée qu’en spontanée.
  • Trouble important de la compréhension.
  • Leur langage est peu informatif. Leur discours est incohérent et redondant. 

Au fil des années, ils vont utiliser des compensations. Le déficit au niveau du vocabulaire persiste. Ces sujets sont rivés au concret. Le langage écrit reste longtemps non-fonctionnel. 

4/ La dysphasie lexicale-syntaxique (ou mnésique) :

  • Pas d’hypospontanéité.
  • Pas de trouble phonologique.
  • Pas de troubles oro-faciaux.
  • Manque du mot. Ces enfants sont en permanence à la recherche de leurs mots et de la structure de leurs phrases.
  • Trouble de l’expression. Informativité et syntaxe sont perturbés.
  • Trouble de la compréhension. Il est dépendant de la longueur des énoncés. 

Ces enfants apprennent à lire mais restent gênés par leur problème de mémorisation et par leurs difficultés à trouver leurs mots.

5/ La dysphasie sémantique-pragmatique :  en situation dirigée

  • Un choix de vocabulaire adéquat.
  • Un trouble de compréhension.
  • Un trouble de l’informativité

Le discours restera marqué par l’utilisation de formes plaquées. 

Selon les différentes classifications, il existe plusieurs types de dysphasies, mais on retient surtout deux grands groupes :

Les dysphasies expressives et les dysphasies réceptives

 1/ Les dysphasies expressives

Les dysphasies expressives sont les plus fréquentes, elles touchent les composants de l’expression de façon variable :

– la mise en sons des mots: l’enfant omet ou transforme, de façon classique ou inhabituelle, les sons composant un mot, ce qui rend sa parole inintelligible, exemple : «!feu bipui!» pour «je veux un biscuit!».

– la recherche du mot en mémoire ou la production du mot même si celui-ci appartient à son vocabulaire, exemple  : recherche le mot fourchette, ne le trouvant pas, il dit « couteau », ou, n’arrivant pas à produire le mot, il dit « frouchette »

– l’utilisation à bon escient des mots

– l’organisation des mots en phrases : l’enfant n’utilise pas les mots grammaticaux, les conjugaisons, il n’a pas acquis les notions de genre et de nombre, l’ordre des mots n’est pas respecté. De ce fait, il produit des phrases courtes et de style télégraphique, exemple : « il joue moi poupée » pour « elle joue à la poupée avec moi ».

Dans tous ces cas, l’enfant comprend mieux qu’il ne s’exprime, et il cherche à établir la communication par tous les moyens possibles (gestes, regards, attitudes, mimiques, dessins…). Cependant sa compréhension n’est pas parfaite.

2/ Les dysphasies réceptives

Les dysphasies réceptives sont plus difficiles à diagnostiquer et aussi plus graves.

Elles touchent la compréhension de l’enfant qui ne parvient ni à segmenter la chaîne parlée, ni à lui attribuer un sens. Il possède un langage social suffisant pour se faire comprendre mais défaillant pour la subtilité notamment pour les choses abstraites : sens figuré, difficulté à manier les concepts à l’oral et à l’écrit.

Des difficultés expressives sont souvent présentes mais jugées secondaires par rapport aux troubles de la compréhension.

Cependant, sa compréhension non verbale (situation, gestes, logique…) est satisfaisante.

Ce sera un enfant qui prélèvera le maximum d’indices visuels, qui communiquera beaucoup par le regard et les gestes, qui aura tendance à utiliser le mime, à copier sur son voisin, …

Le diagnostic de la dysphasie

Poser ce diagnostic n’est jamais simple. Pourtant, la dysphasie de développement peut être diagnostiquée dès l’âge de 3-4 ans si les troubles sont d’importance moyenne et qu’il n’existe pas de troubles associés.

Mais elle l’est souvent plus tardivement car il n’est pas toujours facile de repérer une dysphasie chez un jeune enfant en raison des difficultés ajoutées : difficultés psychologiques, troubles du comportement prédominants, existence d’un degré de déficience associée, existence d’une surdité associée, …

D’autres raisons s’ajoutent aussi : l’enfant compense ses difficultés quand la forme est mineure, la dysphasie reste encore très mal connue voire inconnue des écoles, des médecins, de la famille et de la société en général, il est difficile de retrouver des critères de déviance quand l’enfant ne parle pas à l’exception des troubles de compréhension verbale et des praxies bucco-phonatoires (difficulté à reproduire des mouvements de la face et de la langue que l’on pourrait trouver chez un enfant dyspraxique, par exemple).

Le diagnostic peut alors nécessiter du temps et la répétition des bilans orthophoniques à six mois d’intervalle. 

Conséquences et comorbidité 

Troubles co morbides:

1/ Les troubles constamment associés à la dysphasie :

– Troubles de la mémoire auditive: votre enfant éprouve des difficultés à retenir ce qu’il entend, ce qui le perturbe dans tous les apprentissages alors qu’il mémorise beaucoup plus facilement ce qui lui est présenté visuellement.

– Troubles de l’organisation temporelle: votre enfant se repère difficilement dans le temps (il ne connaît pas les jours, les mois, les saisons).

2/ Les troubles non constants:

– Troubles psychomoteurs: votre enfant a marché tardivement, sa motricité globale (marcher, porter…) et sa motricité fine (tenir un stylo, par exemple) peuvent être perturbées.

– Troubles praxiques: votre enfant ne peut ni concevoir ni réaliser un geste alors qu’il ne présente ni paralysie, ni difficultés motrices. Il rencontrera par exemple des difficultés à manipuler des objets, à écrire, à dessiner et à effectuer des gestes dans la vie quotidienne (habillage, repas…).

– Troubles de l’organisation dans la vie quotidienne ou dans les problèmes de mathématiques

– Troubles d’abstraction et de généralisation : votre enfant a des difficultés de représentation mentale, avec le sens figuré, les mathématiques. Il a des difficultés à aborder une notion nouvelle dans un contexte nouveau.

– Troubles de l’organisation spatiale : il n’intègre pas les termes spatiaux comme  « sur, sous, devant, derrière, …».

Les conséquences sur les apprentissages, liées à leur trouble :

Pour les dysphasies expressives :

Dyslexie: retard de dix-huit mois à 2 ans par rapport à l’âge chronologique, dans l’acquisition de la lecture, chez un enfant présentant une dysphasie.

Dysorthographie : difficulté d’apprentissage de l’orthographe.

Pour les dysphasies réceptives:

Troubles de la compréhension de la lecture: bien que le déchiffrage se mette en place, l’enfant ne comprend pas le sens de ce qu’il lit.

Dyscalculie : trouble spécifique du développement de l’apprentissage du calcul.

Les troubles du comportement:

En raison de ces difficultés à exprimer et partager ses émotions, il peut présenter une grande agitation voire une instabilité. Il se concentre difficilement et ne maintient son attention sur une activité que très peu de temps. Il peut être inhibé et/ou anxieux, il peut s’isoler. Toujours pour les mêmes raisons, il peut avoir des troubles de l’alimentation, du sommeil, du contrôle sphinctérien. Il y aura lieu de consulter un psychiatre et/ou un psychologue.

Dysphasie : quelles rééducations ?

Pour la dysphasie, il faut intervenir au plus tût, dès 2ans et demi, 3 ans si cela est possible.

Les séances d’orthophonie doivent être fréquentes et intensives, au moins jusqu’à 7 ans et demi. Elles pourront ensuite être plus espacées.

C’est l’orthophoniste, après bilan approfondi et chiffré, qui étudiera sa compréhension, notamment sa compréhension verbale ainsi que son expression et les moyens qu’il utilise pour se faire comprendre s’il ne parvient pas à bien parler (gestes, mimiques, dessins…).

L’orthophoniste évaluera aussi le décalage par rapport aux autres enfants. 

Lors de cette rencontre, l’orthophoniste doit vérifier la présence d’anomalies spécifiques à la dysphasie de développement : l’enfant ne retrouve pas un mot qu’il connaît pourtant (manque du mot), il n’utilise pas ou peu les petits mots comme les articles (un, des, la, les…) et les prépositions (sur, avec, par, pour, en, à…) dans ses phrases, il juxtapose les mots sans conjuguer les verbes(agrammatisme ou dyssyntaxie), il comprend difficilement voire pas du tout ce qu’on lui dit (trouble de la compréhension verbale), il parle peu et pas facilement.

L’orthophoniste est le principal acteur pour la rééducation de l’enfant dysphasique, à raison de trois à quatre fois par semaine, en particulier lorsque l’enfant est jeune. La rééducation portera d’abord sur les deux versants du langage oral dans un premier temps mais aussi le langage écrit et la compréhension. 

Pour votre enfant, l’orthophoniste pourra :

  • développer ses compétences auditivo-verbales de l’enfant (capacité, distinction des différents sons de la langue grâce à des aides spécifiques, conscience phonologique), ses compétences lexicales (compréhension du vocabulaire) ainsi que ses compétences syntaxiques (comprendre la phrase avec les petits mots : qui, ou, où, dont…)
  • sur le versant de l’expression, mettre en place un code de communication (pictogrammes, mimogestualité), surtout si votre enfant ne parle pas encore, lui permettant d’exprimer ses besoins, ses désirs, ses sentiments
  • travailler la conscience phonologique (segmentation des mots, rimes par exemple)
  • proposer des activités ayant trait à la syntaxe pour bien placer les mots dans des phrases simples (sujet+verbe), puis de plus en plus complexes (sujet+verbe+complément)
  • proposer des activités facilitant l’articulation

Conseils pour les parents

L’accompagnement des parents est fondamental. Il faut absolument « nourrir » votre enfant dysphasique. Visite de musée, galeries, culture, etc… car il doit apprendre les mots. Contrairement aux autres dys, cet enfant doit être constamment sollicité et enrichi pour tout ce qui concerne le vocabulaire, la tournure des phrases, … le langage verbal. Et oui, un enfant à fort QI réussira mieux qu’un enfant avec une intelligence dans la moyenne basse. Plus vite il sera diagnostiqué ou repéré, plus vite vous mettrez en place les rééducations et mieux il s’en sortira.

Il faut s’appuyer sur les forces de l’enfant ou de l’adolescent : le désir de communiquer et le sens aigu de l’observation. Et d’ailleurs, dans la vie, on s’appuie sur ses points forts et pas sur ses points faibles.

– Pour mettre toutes les chances de votre côté, n’hésitez pas, pour vous faire mieux comprendre, à : capter son attention dans des moments privilégiés, vous mettre physiquement à la hauteur de son regard et vous assurer qu’il vous regarde quand vous lui parlez.

– N’hésitez pas à joindre le geste à la parole.

– Parlez lentement et utilisez des phrases courtes et simples, répétez ou reformulez s’il n’a pas bien compris.

– Encouragez les récits, lui donner envie de raconter.

– En raison de l’hypo spontanéité verbale, il parle peu ou il parle beaucoup mais de façon incorrecte ou peu adaptée. Il faut donc l’inciter, l’encourager à parler. Laissez-lui le temps de trouver ses mots, ne l’interrompez pas et évitez de souligner ses erreurs pour ne pas le décourager. Vous devez vous intéresser à ce qu’il dit, et non à la façon dont il le dit. Ne pas lui demander de répéter mais néanmoins, reformulez systématiquement correctement les phrases qu’il a mal prononcées.

– Il faut également lui apprendre à se manifester lorsqu’il ne comprend pas, c’est d’ailleurs essentiel en classe. Mais encore faut-il qu’il se rende compte qu’il ne comprend pas, c’est toute la difficulté.

– Il faut développer ses compétences auditivo-verbales : lui montrer qu’un mot est constitué de plusieurs sons par exemple.

– Choisissez des jeux où il rangera des images par catégories ou encore des jeux, sur supports visuels, sur la recherche des points communs et des différences (vêtements, animaux, …). Puis passer au même exercice mais par la voix verbale.

– D’autres jeux intéressants consistent à dire si le mot qu’il entend existe ou non, ou choisir parmi une liste de mots, le mot correspondant à un dessin donné, ou encore trouver un intrus dans une liste de mots, etc…  Ou encore, lors d’un voyage en voiture, lui proposer de nommer les objets qu’il voit.

– Lui proposer également des exercices simples, toujours sous forme de jeux, sur la forme des phrases où il dira si cela est correct ou pas, ex : « il pleut, je prends mes lunettes de soleil », « le chien la pâté mange », « maman pose le saladier dans la table ».

– Penser aussi à favoriser l’enrichissement du vocabulaire grâce à des jeux de devinettes, de mimes…

– Et il faut, à chaque fois que l’occasion se présente, développer ses capacités de jugement.

– Si votre enfant ne parle pas encore, ne pas hésiter à mettre en place des pictogrammes, l’objectif étant de se faire comprendre pour garder, développer son appétence à communiquer. Ces moyens de communication non verbaux ne vont en aucun cas empêcher la mise en place du langage oral mais au contraire la faciliter.

– L’apprentissage du langage écrit peut aider à la production du langage oral. L’utilisation du traitement de texte est intéressante. Ne pas hésiter à le passer sur ordinateur tôt (CP, voire même avant).

– Petit à petit, il faudra lui apprendre à respecter les tours de parole, à tenir une conversation, à proposer un sujet de conversation, à s’adapter aux différents interlocuteurs, etc…, ce qui ne sera pas simple non plus.

– A l’adolescence, il faudra l’entraîner la compréhension écrite des textes, par exemple : à organiser et stocker des indices, à repérer les référents, à faire des déductions sur les éléments manquants, à se représenter mentalement ce qu’il lit puis viser la compréhension des notions grammaticales et la structuration des récits écrits.

– Il est essentiel de favoriser l’accès au sens figuré, aux mots présentant plusieurs sens, à la compréhension de l’implicite, à la compréhension de l’humour et apprendre à ajuster son langage à son interlocuteur.

Enfin, Réviser régulièrement les acquis et les réinvestir dans d’autres situations. 

Une attention particulière doit être portée pour minimiser les difficultés relationnelles de votre enfant, il est important de favoriser sa socialisation et son autonomie. Dès son plus jeune âge, il faut l’aider à prendre confiance en ses possibilités et à les développer.

Il faut l’aider à trouver des méthodes qui l’aideront à mémoriser, s’organiser.

S’il est fatigué en rentrant à la maison, laissez tomber les devoirs. 

Et surtout, il faut l’encourager dans des activités de loisirs dans les domaines qui l’intéressent. 

Dysphasie et scolarité

Pour l’école

Il faut s’appuyer sur les points forts de l’enfant et ne pas insister sur ses points faibles. C’est principalement l’orthophoniste qui travaillera les points faibles. L’enfant doit être en réussite pour continuer à déplacer des montagnes. Toute l’attention doit être portée sur l’image qui est renvoyée à l’enfant de lui-même, tant à l’oral qu’à l’écrit (commentaires, remarques, réflexions et corrections).

Les recommandations qui suivent ne proposent que des généralités parce que chaque enfant dysphasique est différent même si leur profil est commun.

En classe, il ne faut pas hésiter à essayer différentes solutions et observer les résultats, en n’oubliant pas de lui demander ce qu’il en pense.

Echanger très régulièrement avec les parents sur les progrès ou difficultés de l’enfant et sur son ressenti.

Ne pas hésiter à échanger et collaborer avec l’orthophoniste ou autres rééducateurs.

S’appuyer toujours sur sa motivation et sa volonté de communication.

À la maternelle

Choisir la place dans la classe: de préférence proche de l’enseignant mais pas forcément devant, dans une proximité qui sécurise et favorise une meilleure discrimination des sons; éloigné de sources de bruit et de déconcentration (un voisin bruyant, fenêtre, porte).

Bien définir les règles et ce qui est attendu, et bien préciser quand cela change.

Eviter la fatigue et le découragement, ne pas hésiter à l’aider ; l’objectif est qu’il progresse dans ses apprentissages et non qu’il s’épuise.

Prévoir des activités de courte durée et lui laisser le temps d’effectuer une tâche.

Toujours pointer ses progrès, mêmes minimes.

Quel que soit le support de communication, il faudra d’abord et avant tout le sécuriser.

Capter l’attention de l’enfant en l’appelant par son prénom ou en le touchant, adapter la façon de parler au niveau de langage de l’enfant.

Parler lentement, faire des phrases courtes, simples, avec peu de mots et en mettant l’intonation.

Utiliser des gestes, des dessins et inciter l’enfant à s’exprimer de cette façon.

Associer le message verbal à des objets, des actions et des évènements précis, et accompagner les explications de démonstrations.

L’aider à retrouver le mot recherché en donnant des indices.

Repérer quand il n’a pas compris et l’aider à le dire.

Lui laisser le temps de trouver ses mots, ne pas l’interrompre.

Ne pas lui demander de répéter de façon correcte mais redire correctement ce qu’il veut dire.

Ne donner qu’une consigne à la fois, vérifier la compréhension, reformuler différemment ou lui faire reformuler avec ses mots.

L’aider au repérage dans le temps, en utilisant un emploi du temps pour visualiser les activités à l’aide de pictogrammes.

Pas de redoublement en maternelle, même s’il semble en retard, il est toujours plus loin que vous ne pensez.

Utiliser l’ordinateur dès que possible et tous les supports non oraux car ils l’aideront à améliorer son langage oral.

Dans tous les cas, accompagner la famille pour la mise en place d’un Projet Personnalisé de Scolarisation (PPS) qui formalisera tous les aménagements spécifiques à l’enfant et mettra tous les intervenants au courant des troubles et de leurs répercussions.

En élémentaire

Si le Projet Personnalisé de Scolarisation n’est pas mis en place, il ne faut vraiment plus tarder.

Même si tous les points ci-dessus restent importants, il faut porter une attention particulière à l’écrit car la dysphasie s’accompagne très souvent de dyslexie et dysorthographie.

– Si l’enfant est d’accord, expliquer son trouble de dysphasie aux autres élèves pour éviter moqueries ou jalousies.

– Ne pas l’isoler l’enfant, seul sur un bureau, en classe. Choisir de l’asseoir à côté d’un élève volontaire et de bon niveau pour l’aider. Mettre éventuellement un tutorat en place avec cet élève.

– Inciter la famille à faire une demande d’AESH Individualisée (Accompagnant des Elèves en Situation de Handicap) dans le cadre du PPS, en spécifiant les besoins d’accompagnement par cette AESH (lire les consignes, réexpliquer ces consignes, aide à tous les stades des exercices).

– Toujours vérifier qu’il a bien copié et qu’il suit en cours.

– Ne pas dicter un texte. Si nécessaire, le lui fournir sous forme photocopie.

– Faire un effort sur les repères dans les pages : l’aider à souligner, sauter des lignes, créer des marges ou faire pour lui.

– Lui donner plus de temps dans la transcription écrite, pour une relecture (besoin de 2 à 3 fois plus de temps). Lui permettre d’utiliser constamment les tables sur le dos des cahiers Seyes ou les lui préparer sous forme de tableau de Pythagore, lui laisser l’accès aux définitions de mots souvent employés dans les consignes, des synonymes.

– Répondre à ses questions, même celles qui paraissent «hors sujet»: elles sont dans sa logique et la réponse peut lui permettre de rentrer dans le sujet.

– Pas de poésies longues et compliquées, éventuellement choisir un passage.

– Mesurer et limiter les interrogations orales. L’enfant dysphasique ne doit jamais se retrouver en difficulté devant les autres élèves sur le langage oral.

– Pas de devoirs du jour pour le lendemain et comprendre que s’il est fatigué le soir, les devoirs ne seront pas réalisés.

– Ne pas faire recopier 10 fois le même mot ou texte, inefficace pour eux. Eviter les punitions.

– Reformuler les énoncés puis les simplifier.

Pour l’évaluation

– Utiliser des questionnaires à choix multiples.

– Utiliser des textes à trous pour vérifier les acquis.

– Noter le fond plutôt que la forme, privilégier le sens.

– Ne pas oublier de donner du temps supplémentaire ou d’enlever des questions.

– Compter le nombre de d’erreurs ou de bonnes réponses plutôt que d’enlever un point par erreur.

– Ne pas pénaliser les erreurs d’orthographe en général.

– Pour les dictées, utiliser les dictées à trous et à choix multiples, d’autant qu’il bénéficiera de cet aménagement pour le Brevet.

– Pour chaque écrit, distinguer les erreurs de grammaire et d’orthographe, des erreurs de reproduction.

– Ne pas pénaliser les ratures et/ou une présentation brouillonne.

– Pas de redoublement sauf ciblé particulièrement sur des points à améliorer, mais attention au découragement et à la perte d’estime de soi souvent rencontrés chez ces enfants.

Au collège et au lycée

Maintient des points précédemment cités et prise en compte de la nouvelle problématique : plusieurs professeurs, des salles différentes, des classes chargées ; il faut faire des synthèses, imaginer, conceptualiser…

Le Projet Personnalisé de Scolarisation est impératif. L’AESH et le temps supplémentaire sont indispensables pour permettre à l’enfant de suivre.

L’ordinateur est indispensable.

Le collège est la partie du cursus scolaire qui sera la plus difficile. Il faut veiller à ne pas exclure l’enfant, surveiller le risque de repli sur soi, consécutifs aux difficultés importantes d’apprentissage créées par la dysphasie.

– Préférer les classes à effectif réduit (bruit, attention, temps à leur consacrer).

– Encourager et valoriser l’enfant le plus souvent possible.

– Ecrire au tableau les mots importants du cours, lui donner le temps de les recopier ou les lui fournir sur photocopie. De la même façon pour les devoirs à faire.

– Lui remettre des documents écrits (cours, etc, …) pour lui permettre de rentrer chez lui avec les mêmes données que les autres élèves. Ne pas photocopier le cahier d’un autre élève et ne pas demander à l’enfant de le faire sur son temps libre. Proposer des fiches résumées avec des exemples clairs, des illustrations.

– Utilisation de la calculatrice et des fiches mémoire avec les définitions principales des termes en mathématiques ainsi que les fiches de conjugaison, même pendant les contrôles.

– Mettre en place avec lui des méthodes pour mémoriser, s’organiser (couleurs, surlignage,…)

– Donner de manière anticipée les sujets qui seront abordés dans l’année de façon à ce que la famille puisse orienter les lectures, films, visites.

– Pour les consignes, choisir des mots simples, souligner les mots clés, éviter les phrases à double question ou les doubles négations.

– Pour les contrôles, toujours vérifier sa compréhension, accorder un temps supplémentaire ou réduire les questions sauf en troisième parce qu’il est déjà en examen pour le Brevet (évaluation continue). Dès le premier jour de la troisième et lors du Brevet, il n’y a pas de réduction des exercices mais un temps supplémentaire.

– Faire les interrogations à l’oral ou à l’écrit, selon les difficultés de l’enfant.

– Ne pas exiger systématiquement la rédaction d’une phrase de réponse à la fin des exercices de mathématiques.

– Quand un mot lui manque lors d’une interrogation, penser qu’il peut s’agir d’un problème de mémorisation et cesser d’imaginer qu’il s’agit d’un manque de travail.

– Réduire le nombre de devoirs à la maison ou les répartir ; il passe 2 à 3 fois plus de temps et son emploi du temps est souvent chargé en rééducation. Ne pas pénaliser en cas de retard pour la remise d’un devoir.

Attention sur les bulletins de notes. Il faut de l’objectivité mais avec des phrases encourageantes. Personne n’est en mesure de quantifier les efforts supplémentaires qu’il fournit pour chacun des exercices et c’est très injuste.

Partager avec l’équipe d’enseignants pour favoriser la généralisation des apprentissages : l’enfant apprendra mieux en faisant référence à d’autres acquis ; échanger les bonnes pratiques.

Dysphasie… Et après ? 

A ce jour, très peu d’études se sont penchées sur l’évolution de l’enfant dysphasique, c’est pourquoi il est difficile de dresser un portrait type de l’enfant devenu adolescent puis adulte.

Bien souvent, la scolarité des enfants et adolescents dysphasiques s’avère difficile avec des redoublements et trop souvent un passage dans un centre spécialisé.

Dans tous les cas, ces enfants vont progresser au niveau du langage avec de l’aide et beaucoup de temps.

Et même si quelques difficultés persistent, la plupart parviendront à communiquer dans leur vie de tous les jours.

La formation professionnelle

A propos de leur orientation, il ressort des études qu’en général les adolescents et adultes dysphasiques se tournent vers des professions manuelles et/ou techniques dans lesquelles ils peuvent s’épanouir harmonieusement.

Très concrets, ils peuvent être de bons techniciens.

Beaucoup trouveront des solutions dans des études de type CAP, BEP voire BAC professionnel

L’insertion professionnelle

Ces jeunes dysphasiques relèvent de la RQTH (Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé) à demander auprès de la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) qui devra être validée par la CDAPH (Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées).

Cette RQTH peut être demandée dès les 20 ans du jeune. Avant, l’AEEH (Allocation d’Education Enfant Handicapé) vaut RQTH.

Pour faciliter l’insertion professionnelle, aboutissement recherché de la formation, certaines structures pourront, à ce moment, vous apporter une aide :

Les CAP EMPLOI constituent un réseau spécialisé chargé d’aider l’accès à l’emploi des personnes présentant un handicap.

HANDIJOB, contacter la MDPH.

Les Missions locales ou PAIO, structures d’accueil des jeunes 16-25 ans, ne sont pas formées à la dysphasie.

L’ANPE, service public chargé d’apporter une aide aux demandeurs d’emploi, n’est pas non plus formé à la dysphasie.

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